Faim et Soif de plus…

Londres, 4h00 du matin

David ouvrit les yeux. Il appuya sur un bouton et les stores de ses grandes baies vitrées laissèrent rentrer les lumières de la nuit. Son appartement surplombait la ville et lui offrait une vue imprenable sur le centre de Londres encore endormi. David appréciait particulièrement cette vue et le fait de se réveiller alors que la ville était encore plongée dans l’obscurité. Il se leva d’un bon et commença sa petite routine matinale. Il repensa aux conseils précieux de Hal Elrod et de Stephen Covey dont les écrits lui avaient appris à développer une mentalité de gagnant et fonceur.

Son père avait l’habitude de lui dire en le regardant :

– quand on n’a pas un physique avantageux, on se doit d’être intelligent.

Ces paroles l’avaient accompagné toutes ces années et à force de discipline et d’une volonté de fer, David était devenu non seulement intelligent et tout à fait séduisant. Il est vrai qu’à l’époque, son physique était plutôt ingrat.

– J’ai réussi, je réussis et je réussirais toujours.

– J’ai pris ma revanche sur tous ceux et celles qui ne croyaient pas en moi se répéta-t-il.

Son père avait souvent raison mais pas cette fois Papa. A la décharge de ce dernier, il avait dit ces mots à David, encore adolescent, pour le consoler quand celui-ci était rentré bouleversé, après avoir été rejeté pour cause de son physique. Il voulait tellement devenir populaire, lui aussi, à cette époque. Tom, son père, lui avait proposé une autre voie pour le devenir. Une voie qui, ma foi, s’était révélée bien plus profitable et durable que la première.

4h10

Ses pensées vagabondèrent pendant qu’il se dirigeait vers son tapis de course, ou de marche selon l’humeur du moment.

Une pensée dérangeante, qui tournait en boucle dans sa tête depuis quelques semaines, lui revint à l’esprit, troublant cette routine qu’il avait mise en place depuis des années et qui était sa garantie de garder son sang-froid quelque soient les situations qui se présenteraient à lui

“Il doit bien y avoir quelque chose de plus que cette vie-là„

David se secoua fermement et monta sur son tapis et le fit démarrer sur son programme habituel de marche rapide.

– Tout à fait ce qu’il me faut se dit-il, persuadé de pouvoir vider son esprit par l’effort physique.

Sans succès.

– Non murmura-t-il d’un ton rageur comme parlant à un interlocuteur invisible.

– J’ai travaillé dur pour en arriver là ! Je refuse de me laisser culpabiliser. Ce luxe, cette réussite, je les ai mérités. Tout ce que j’ai, je l’ai eu à la force de mon poignet. Et d’ailleurs, je n’ai rien fait de mal. Tout ce que j’ai gagné, j’ai cravaché pour l’avoir, et sans malversations. Oui je me suis battu, j’en ai fait tomber des Goliath.

Il s’adoucit en repensant à Anne, sa grand-mère, et à toutes les histoires qu’elle lui racontait au sujet de ce grand roi des temps anciens, dont il portait le prénom.

Puis il reprit de plus belle :

– Je suis connu pour mon intégrité et mon professionnalisme ! Avant d’augmenter la difficulté de sa marche rapide sur le tapis. Puis excédé, il changea de nouveau son programme et commença à courir pour évacuer son stress.

David, originaire de Vancouver, avait fait ses études dans une prestigieuse université aux Etats-Unis et avait choisi la finance avant de venir s’installer sur le vieux continent. David était trader à la bourse de Londres…Ce métier, c’était son rêve. Il aimait le goût du risque, la montée d’adrénaline. Il aimait gagner et faire gagner ses clients. Il vivait le rêve américain, à vrai dire le rêve londonien.

Par son travail, il rencontrait les plus grands et n’avaient rien à leur envier… Sa vie était une suite de longues heures de travail parfois suivies de quelques soirées bien arrosées avec des amis, plutôt des collègues ; de diners avec ses plus gros clients dans les restaurants les plus prestigieux de la ville et d’histoires sans lendemain. Il avait décidé, quelques années auparavant, de vivre seul et ne regrettait pas ce choix. Il en était très heureux. Il était marié à son job qui le satisfaisait pleinement. Au fil du temps, David avait développé un sens inné des bonnes affaires et parvenait la plupart du temps à éviter à son portefeuille de clients : les bons pères ; les risque-tout et les éthiques ; pertes et autres déconvenues boursières.

Il avait du nez, sachant quand vendre ou acheter au meilleur moment. Sur le fil, souvent il avait obtenu ses plus grandes victoires. Il méritait bien le nom donné par ses collègues et adversaires : le funambule de la finance.

4h50

Cette pensée revint de nouveau avec plus de force : “Il doit bien y avoir quelque chose de plus que cette vie-là„

Bon sang, que m’arrive-t-il ? se dit-il en se dirigeant, de guerre lasse, vers la salle de bain. Jusque-là, le souvenir de tous ses exploits suffisait à lui redonner confiance et à faire taire toute anxiété. Il est connu pour son flegme, tout british, durement acquis.

– Que n’ai-je pas fait pour parvenir à ce sommet ?

David en plus d’être un financier averti était également polyglotte car pour être le meilleur, il avait tenu à parler français, anglais et japonais…

– Oui, je suis l’un des meilleurs et bien content de l’être. J’aime ma vie !

5h30

David ressortit de la salle de bains qui jouxtait son dressing, prêt à affronter le reste de sa journée. En jetant un œil sur l’horloge posée sur son chevet, il constata avec déplaisir, qu’il était en retard de plusieurs minutes sur son timing. Son horloge interne n’avait pas bien fonctionné ce matin. Il était très méticuleux et précis et son costume du jour avait été choisi la veille pour lui faire gagner du temps. Il tint à ne pas changer son rituel matinal et fit son lit comme il l’avait appris dans l’hôtellerie de luxe lors d’un de ces jobs d’été. Il venait d’une famille fortunée, certes, mais son père Tom croyait en la valeur du travail.

5h37

Je perds la main, j’aurais dû finir en 5 minutes maugréa-t-il en se dirigeant vers son séjour. Les écrans qui lui permettaient de suivre les cours des principales places boursières étaient déjà allumés depuis 5h00 du matin comme chaque jour.

– Oui j’aime bien les gadgets et alors !

Il jeta un coup d’œil sur les alertes boursières de sa tablette pour vérifier qu’il n’avait raté aucune information vitale. De toute façon, Frank, son collaborateur, ne manquerait pas de l’informer. Mais David n’aimait pas être à la traîne et trouvait une grande satisfaction à toujours se tenir au fait de l’actualité boursière. A ce propos que disait Richard Quest, le présentateur du programme ‘Quest means business’ sur CNN, sur la situation d’aujourd’hui ? Richard était l’un de ses présentateurs favoris.

6h00

La même pensée lancinante, ne lui laissait aucun répit. Ce matin, il n’arrivait pas à s’en débarrasser. “Il doit bien y avoir quelque chose de plus que cette vie-làMais que lui arrivait-il ? Tout allait bien dans le meilleur des mondes ! Sa vie n’aurait pas pu être plus parfaite !

Il se souvint de John ! mais bien sur John, son collègue. L’un des meilleurs de leur société. Le deuxième après lui, enfin, ce mois-ci. La lutte entre eux pour la première place était acharnée. En vérité, plutôt de son côté à lui devait-il admettre.

John était différent. Il excellait dans son poste et était l’un des meilleurs de la place. Pourtant, faire du trading n’était pas toute sa vie. John était vraiment différent. Il était passionné de la bourse, des places de marché, du métier de trader et veillait à le faire bien. Mais il avait un autre état d’esprit. Loin d’être parfait, il savait reconnaître ses erreurs et les assumer. Peu compétitif, il n’hésitait pas à aider un collègue en difficulté. Il semblait être plus intéressé par les personnes que par les chiffres et était d’ailleurs gentiment moqué par les autres ; quand ce n’était pas méchamment critiqué par ceux qui le trouvait un peu trop tout miel tout sucre. Pourtant, tous devaient bien reconnaitre, David compris, qu’il excellait dans son travail. John, aussi, aimait sa vie et son travail. Il semblait avoir quelque chose de plus mais quoi, exactement ?

Il y a quelques semaines de cela, John et lui avaient discuté. C’était lors d’une de ces sorties entre collègues, auxquelles John n’assistait que très rarement. Il avait toujours l’air de n’être pas à sa place. Et tous toléraient ce rabat-joie, juste parce qu’il faisait toujours preuve d’une grande sobriété, qui se révélait bien utile en fin de soirée pour raccompagner certains d’entre eux à domicile.

Ce jour-là, David avait eu l’impression que John était venu exclusivement pour lui. Il lui avait longuement parlé de sa vie, de ses choix de vie, de ses valeurs, et de sa foi. David s’était senti un peu mal à l’aise et avait pensé : Super, tout ce dont j’avais besoin, un sermon de plus. C’était l’exercice favori de feu son grand-père. Il lui disait toujours combien il était fier de lui mais ne manquait jamais de lui rappeler que la vraie vie ne se limitait pas à la réussite professionnelle, aussi belle soit-elle.

Peu avant qu’ils ne se séparent, John avait eu l’audace de lui poser cette question :

N’as-tu pas faim et soif de quelque chose de plus grand que cette vie-là ?

Et David se demanda en lui-même : que pourrait-il y avoir de plus grand ? Et il comprit soudain, que ni son grand-père, ni John ne parlaient de réussite professionnelle.

Jim Cymbala, l’auteur du jour, dans son livre : ‘Vous avez été créés pour plus que cela’, nous invite à nous poser cette même question à travers son exemple et celui de bien d’autres et à décider de vivre en fonction de la réponse.

Bonne lecture !

Ps : Ephésiens : 2.10 Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions.

Faim et Soif de plus…

Un commentaire sur “Faim et Soif de plus…

  1. Merciii pour ce texte qui est digne d’un roman !!! Ces mots qui résume la pensée qu’on peut posséder des biens matériels mais on doit aspirer à plus. J’irai acheter le livre à l’occasion.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut